Le tigre des journaux rugit toujours

Avec seulement 50 $ dans son compte en banque et moins de 5 $ en poche, Warren, un diplômé universitaire de McGill, était effrayé et sentait qu’il avait échoué. Quoi de mieux qu’une université en éducation des affaires mondiales pour bousculer votre univers et pétrir votre fierté.

Mais d'une certaine façon, les lettres de l’ex-lectrice du Weekly Herald, Eva-Maria Wallner et du propriétaire du Washington Post, Don Graham, ont semé une fierté en Warren qui, malgré son échec financier, avait accompli quelque chose que peu de journalistes atteignent au cours d’une vie — créer une publication de qualité encensée tant par la critique que par les lecteurs et les journalistes en dépit de ressources financières restreintes. Alors, lorsque Bonnie Billick, une professeure retraitée et fidèle lectrice du Weekly Herald invita Warren à déjeuner, il partagea avec elle l'histoire des lettres de Don Graham et d’Eva-Maria Wallner.

Bonnie, qui habite à Ville Mont-Royal, une banlieue de Montréal, dit à Warren qu’elle était convaincue qu’il devait ouvrir un commerce à Montréal, peut-être quelque chose en lien avec les médias. Elle a sorti son chéquier et, malgré les protestations de Warren, lui a remis un chèque au montant de 1200 $.

Le lendemain, Warren reçut un appel de Gerry Weinstein qui était un homme d’affaires de Côte-Saint-Luc et un avide lecteur du Weekly Herald. Lorsqu’il a demandé à Warren ce qu’il prévoyait faire à l’avenir, Warren a mentionné la possibilité du Washington Post et les 1200 $ que Bonnie Billick lui avait donnés et de son intention de les lui rendre.

Gerry, un homme d'affaires expérimenté, approuvait l’idée de Bonnie et suggéra que Warren demeure à Montréal pour démarrer sa propre entreprise. Quelques heures plus tard, Gerry expédia à Warren par service de messagerie un chèque au montant de 1200 $ pour ajouter au fonds de départ que Bonnie avait déjà investi. Warren avait l’impression d’avoir perdu la bataille par rapport à l’intérêt de ses anciens lecteurs.

Quand Warren a téléphoné à Rodney, son ex-collègue de travail du Weekly Herald, pour lui faire part de la générosité de Bonnie et de Gerry, les premières pensées de Rodney, comme d'habitude, tournaient autour de la nourriture, celui-ci a donc suggéré qu'ils se rencontrent dans un petit bistro de souvlakis pour le dîner. Warren l’informa qu'il n'avait pas d'argent pour aller au restaurant mais Rodney lui annonca qu'il venait de recevoir son premier chèque d’assurance-emploi.

Rodney s’est présenté au bistro avec son copain et graphiste, Patrick Bermingham, qui avait aussi travaillé au Weekly Herald. Rien de mieux qu’un ventre plein pour attiser la créativité et les liquides gastriques. Dans un délai de 20 minutes pour dévorer leur repas, les trois hommes avaient décidé du nom pour une nouvelle compagnie de graphisme : Ponctuation Grafix Inc.

C’est Rodney qui a eu l'idée de mettre sur pied une compagnie de graphisme. Le choix du nom a été un coup de génie de Patrick. Warren qui était affamé, en conséquence de ses affaires lamentables, continua de se gaver de sa nourriture en faisant des signes de tête, tout en souhaitant que ces derniers approuvent son idée de réintégrer le journalisme.

Mais, comme Patrick l’a si bien dit, le nom de la nouvelle société refléterait le mariage de deux genres de compétence écriture/rédaction (comme dans Ponctuation) et le dessin graphique (comme dans Grafix). Comment argumenter contre une telle logique? C’est à ce moment-là que Warren a senti rugir le journaliste en lui et prendre les commandes de son corps repu de souvlakis.